Lombalgie et course à pied : ce qui est vrai, ce qui est faux

En avoir plein le dos. Avoir quelqu’un sur le dos… C’est peu le dire que le dos est associé à bien des soucis. A plein d’idées reçues, aussi. Laëtitia Delaplace, médecin du sport à DocForSport à Villeneuve d’Ascq (59), décrypte le vrai du faux.

Qu’entend-on par lombalgie ?


C’est une douleur située entre les vertèbres de la région lombaire (=bas du dos) et le pli fessier. Elle peut être associée, ou non, à une irradiation dans les membres inférieurs. La lombalgie est un symptôme, qui peut avoir plusieurs origines : musculaire, arthrosique, discale… J’ai traité la lombalgie commune dans ma thèse, celle qui désigne une douleur lombaire d’origine fonctionnelle et qui ne comporte pas de signe d’alerte selon la Haute Autorité de Santé (HAS). C’est la plus fréquente, puisqu’elle représente 90% des prises en charges des professionnels de santé !

Comment est-elle prise en charge ?


Cela dépend de la cause. Il faut donc commencer par voir un professionnel de santé formé pour en trouver l’origine et adapter ensuite le bon traitement. Si elle est due par exemple au déconditionnement global d’une personne, il faut redonner du mouvement, tonifier l’ensemble du corps, renforcer le dos : l’activité physique est la clé du traitement aujourd’hui. La société est devenue au fil du temps de plus en plus sédentaire, l’inactivité peut entraîner des douleurs et engendrer une peur de bouger par peur d’avoir mal. C’est un cercle vicieux qu’il faut absolument briser.

Alors, mythe ou réalité ?

L’Homme est fait pour courir.

Bien sûr ! Nous sommes chasseur-cueilleur, de base ! Nous sommes devenus des bipèdes au cours de l’évolution. La colonne vertébrale a pris cette forme avec différentes courbures pour supporter les contraintes auxquelles elle est soumise, le corps s’est adapté. Autrefois, nous courrions pour subvenir à nos besoins et survivre, aujourd’hui notre mode de vie a changé et c’est pour le plaisir ! Nous sommes faits pour être sur nos deux jambes, en mouvement.

Courir fait mal au dos, donne des hernies discales..

Au contraire, courir renforce le dos ! En course à pied, il existe une phase de suspension, ce qui est diffère de la marche. A chaque impact au sol, le poids du corps est multiplié par 1,5 à 3 fois, pourtant les études ont prouvé que cela ne donne pas plus d’hernie discale que de fractures vertébrales. Des études par IRM ont montré que courir renforce le dos en améliorant la composition des disques intervertébraux et en augmentant leurs épaisseurs grâce aux impacts et force de compressions engendrés. La course renforce également la densité minérale osseuse et joue ainsi un rôle dans la lutte contre l’ostéoporose. C’est pour cela qu’il est important que les enfants fassent du sport car le capital osseux se constitue pour toute la vie pendant l’enfance et la puberté.

Il faut privilégier une seule et longue sortie à plusieurs petites sessions par semaine

Non au contraire le corps s’adapte s’il est soumis à des contraintes régulières et progressives ! Si ses capacités d’adaptation sont dépassées, par exemple en faire trop d’un seul coup, cela devient contre productif et mener à la blessure. Pour progresser et préserver sa santé, mieux vaut 4 séances de 30 minutes réparties dans la semaine, qu’une sortie de 2 heures le dimanche par exemple. Le corps aime être stimulé en permanence, et cela vaut aussi pour le dos. Il est donc préférable de privilégier la fréquence des sorties, à la durée.

Une fréquence de pas élevée est bonne pour le dos.

Des études se sont penchées sur le nombre de pas par minute à effectuer pour épargner les grosses articulations : genou, hanche, dos. La cadence à 170 à 180 pas par minute, serait idéale en théorie. En pratique, il est plus simple de conseiller à quelqu’un de « courir léger », de faire le « moins de bruit possible » pour avoir une foulée moins traumatique.

Je peux passer d’un type de chaussure à un autre sans souci.

Entre la chaussure minimaliste (proche de la foulée naturelle pieds nus) et la maximaliste (bourrée de technologies, grosse semelle…), il faut trouver le juste équilibre selon moi. Et on ne passe pas subitement d’un type de chaussure à un autre. Plein de gens se blessent ainsi car ce changement de chaussure les amène à faire évoluer subitement leur façon de courir en modifiant la répartition des contraintes sur le corps, ce qui a une incidence sur les articulations, les tendons…

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