Pourquoi, depuis le Covid, je n’avais plus participé à une course

Dans la forme de ma vie en 2020, je me suis retrouvé dans la situation de millions de runners face au Covid. Et j'ai mis 3 ans à m'en relevé. Introspection.

Flashback. Eté 2019. Quelques jours après la 6D Lacs, je me projette déjà vers 2020. C’est décidé, l’année prochaine, je vais m’inscrire à la 6000D, course mythique de La Plagne (Savoie). Ce sera ma 3e participation après une première en 2015 et la confirmation en 2017. Et pour me préparer à ces 10 heures d’effort en haute altitude, de la plaine au glacier en aller-retour, je vais bosser dur. Dans la continuité de ces bonnes intentions, je fais appel à Lucie Jamsin pour me coacher. A la sortie de l’hiver, je suis dans une forme déjà très prometteuse alors même que le plus dur est à venir.

Mars 2020. L’épidémie de Covid frappe alors la planète. Des morts par millions. Les courses sont annulées les unes après les autres. A la fin du confinement, j’y crois encore. Je m’entraîne comme un dingo. J’encaisse toutes les annulations avec un brin d’optimisme (et sûrement de naïvité), dont celle du NTMF alors que j’étais inscrit sur le 59 km.

L’été arrive. Je pars en vacances plein d’espoir. Quelques jours plus tard, la 6000D est annulée. Je m’inscris au Trail du Gаlіbіеr-Thаbоr Annulation. Tous mes espoirs sont reportés sur les Béliers à La Clusaz. On change les plans pour la fin des vacances. Nouvelle annulation. Au retour, je fais la NTMF virtuelle en désespoir de cause, le long de la Scarpe à Douai et dans terrils de Roost-Warendin pour accumuler du D+. C’était il y a bientôt 4 ans. Une éternité. Jusqu’à ce 27 juillet 2023.

Alors, qu’est-ce qui faisait que je n’ai pas repris la course ?

Dans les premiers mois, je l’ai verbalisé par l’envie de ne pas revivre toutes les annulations de courses de 2020, de ne pas m’investir autant “pour rien”. Mais ce n’est jamais pour rien. Je le vois aujourd’hui : l’entraînement régulier suivi depuis 2013, en ayant un passé de sportif (basket-ball et football en compétition en même temps), m’a permis de réaliser des défis incroyables et d’avoir la silhouette d’un trentenaire.

Bon, aujourd’hui, j’ai quasi le physique d’un gars de mon âge, 50 ans en octobre. Avec des poignées d’amour que je déteste voir dans le miroir. Et je vous le dis, elles vont disparaître dans les prochains mois avec la reprise sérieuse et régulière des sorties running.

Le Covid, mais pas que…

Avec le recul, je pense que cette désillusion répétée de voir toutes ces courses supprimées les unes après les autres, couplée au décès de mon dernier parent – ma maman – en juillet 2020, ont sûrement engendré en moi une forme de dépression pour laquelle je n’en ai que très tard donné le nom.

Elle ne s’est exprimée que dans l’absence de projection vers de nouveaux défis sportifs, pas dans mon quotidien, familial ou professionnel. Je savais que derrière le prochain dossard, il y aurait de la souffrance à endurer. Repousser sans cesse mes limites physiologiques et psychologiques… En avais-je encore envie ? En étais-je encore capable ?

Souvent, je me mettais une barrière, un interdit, me disant qu’à mon âge, avec deux parents décédés d’un infarctus, et en étant soi-même papa de deux merveilleux enfants, il n’était peut-être pas raisonnable de pousser le moteur à ce régime de performance. Mais je pense aujourd’hui que j’ai toujours eu une hygiène raisonnable (ok, je craque facilement sur du chocolat au lait, mais pour le reste, 0 tabac, alcool ultra rare et en modération) et que ma vie a toujours été dédiée au(x) sport(s). Et c’est sûrement l’absence de sport qui me jouera des mauvais tours.

Et 1000 pattes est revenu dans ma vie

Je suis persuadé que j’ai souvent de la chance. Dans ma situation, retrouver début 2022 mon entreprise de presse, Sogémédia, éditrice de L’Observateur, a été le bon choix. Car si j’ai perdu des horaires confortables pour m’entraîner à mon aise, j’ai aussi retrouvé 1000 pattes, le guide que j’ai créé en 2015 et développé en 2016. En 2016, mon épouse et moi avons adopté deux enfants en bas âge. J’ai changé de voie professionnelle pour me donner plus de temps à leurs côtés. Ils ont bien grandi et ont bien sûr gagné en autonomie.

Reprendre en main 1000 pattes avec l’ambition de lui redonner en 2023 son lustre d’antan m’a mis en lien avec les organisateurs de courses et des coureurs, dès janvier, pour distribuer la version papier du guide. Je ne vous cache pas que l’envie de porter de nouveau un dossard m’a alors de plus en plus démangé.

En quête d’un déclic et d’un objectif

Clairement, je le savais, il me fallait aussi un déclic.

Je devais me fixer un objectif majeur comme cela a toujours été le cas. Et quel que soit son niveau, c’est, je pense, décisif. Cela aurait pu être un marathon dans ma Bretagne natale ou un trail de montagne (une 3e 6000D ? La Super Bélier de 84 km que j’ai fait en off en 2020 avec tellement de plaisir ?).

Le déclic est venu du futur : le Marathon pour tous des Jeux Olympiques de Paris 2024. Cela faisait une paille que je courais gentiment, sans jamais forcer, afin de réussir souvent les objectifs facilement atteignables qui donnent droit à un tirage au sort pour gagner son billet au MPT. La chance m’a souri. Je devais la lui rendre.

Depuis avril, j’ai donc repris par du vélo d’appartement, recommençant à me faire violence chaque semaine sur des séances d’intermittent. J’ai aussi effectué de rares sorties à pied, bien décidé à reprendre tout ça sérieusement pendant les vacances. Et puis il y a une semaine, ma femme m’a dit qu’elle allait s’inscrire une nouvelle fois à la 6 Découverte, 11 km et 600 m D+ à la Plagne. Je lui répondu : Tu fais bien. Et je vais m’inscrire aussi !

Malgré ma méforme et mes formes, je savais cette course à ma portée, riche de mon vécu sur la 6000 D. Mais je savais aussi que c’était déjà une limite à ne pas dépasser pour ne pas abîmer mon corps plus que de raison alors qu’il n’était déjà pas prêt à s’infliger ces trois belles ascensions.

Pour une fois, à l’arrivée, je n’ai pas trop prêté attention à ma place (188e/395), au chrono (1h32’15), au 20 places perdues à partir de la 2e ascension, aux difficultés respiratoires (sans entraînement et en arrivant la veille et à 2000 m d’altitude, le manque d’acclimatation, ça pique), au manque de jus pour finir en boulet de canon, à ma crampe au mollet droit qui m’a offert un sprint sur une jambe pour gratter une place (ça n’a pas dû être joli)….

Je n’avais pas et je n’ai pas à être déçu. Au contraire, 48 heures plus tard, perclus de courbatures, je sais que je suis allé au bout de moi-même. Et que je vais reprendre avec sérieux les entraînements pour retrouver un bel état de forme en août 2024 et être finisher d’un gros trail de montagne en 2025.

La force du collectif

Un autre élément m’a marquée dans cette introspection : la force du collectif. Via la page Facebook de 1000 pattes, j’ai recueilli le témoignage de Mickaël. Lui aussi se souvient de “l’arrêt brutal des entraînements“, “des enfants à s’occuper pendant l’école” et des séances de préparation physique à la maison pour ne pas perdre les acquis. “Je me suis accroché tant bien que mal. C’était dans la tête, au mental. Je ne me suis pas laissé abattre. J’avais trop besoin de ça.” Et à la sortie du Covid, il a participé aux premières courses qui se sont présentées à lui. Et peu importe s’il était alors un peu moins performant qu’avant la pandémie.

S’il a su reprendre la compétition très vite, Mickaël a puisé de la force mentale dans ses ressources internes : “Avant le Covid, j’ai été 6 mois à l’arrêt après un accident de moto. On m’avait dit que je ne pourrais plus courir. J’ai prouvé le contraire.” Il a aussi su se sublimer grâce à son groupe de runners : Les ch’tis marathoniens.

Dans l’amitié et la force du collectif, il a trouvé un cadre d’entraînement efficace et soutien essentiel. “Ils me tirent vers le haut“, sourit-il, marathonien pour la première fois cette année, à Paris. Et il se projette déjà vers les Boucles de la trouée d’Arenberg, course organisée par son club le 10 septembre, et le Marathon Vert de Rennes, le 23 octobre.

En distribuant 1000 pattes sur les courses tout au long du premier trimestre, j’ai pu mesurer comment cette dynamique collective est importante au sein de ces clubs d’athlé, de trail, de triathlon, de canicross…, et de ces groupes de coureurs non affiliés aux fédés. Comment les liens d’amitié qui s’y créent apportent plaisir et bonheur, comment la pratique du running n’est plus solitaire, individuelle et individualiste.

Mickaël avec les Ch’tis marathoniens.

Dans la forme de ma vie en 2020, je me suis retrouvé dans la situation de millions de runners face au Covid. Et j'ai mis 3 ans à m'en relevé. Introspection.

A bientôt La Plagne !

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