Les traits tirés mais des étoiles dans les yeux, bien souvent la médaille autour de cou, ils ont embarqué dans le train 7163 en direction de Valenciennes depuis la Gare du Nord. Sur la route du retour du Marathon Pour Tous, ce dimanche matin, je suis allé à la rencontre des finishers. J’ai aussi papoté avec Xavier, volontaire sur le marathon (purée, merci à tous les volontaires !!!). Cela donne cette vidéo :
Marathon Pour Tous, si beau, si dur…
A mon tour de vous raconter cette aventure. Une aventure extraordinaire. Comme je vous l’ai écrit samedi matin sur la page Facebook de 1000 pattes, je mesure la chance d’avoir été tiré au sort. Une chance sur 30. Je savais que parmi vous, nombreux rêvaient d’y participer, auraient mérité autant voire peut-être plus que moi d’avoir ce dossard. Autant dire que je me suis préparé comme jamais depuis un an. Surtout qu’après avoir été dans la forme de ma vie en 2020, l’annulation de toutes les courses sur lesquelles je m’étais inscrit, la 6000D en particulier, a sonné en moi comme une déflagration. 2021, 2022 : années d’une quasi sédentarité. La flamme s’est ravivée à l’hiver 2022 en travaillant sur la nouvelle édition 2023, que je reprenais en main, de retour à L’Observateur après 5 ans d’une autre vie professionnelle.
Au printemps 2023, j’ai été tiré au sort pour le MPT après un énième challenge. Je n’y croyais plus. La bonne nouvelle est pourtant tombée. Evidemment, pour ce 6e marathon, je me devais d’être au top de ma forme. Je vous passe l’année de préparation. Elle a été âpre et rondement bien menée grâce à la programmation et aux conseils de Lucie (Jamsin). Venons-en directement à ce samedi 10 août 2024.
Je n’en retire que du positif. Même si tout ne s’est pas tout à fait passé comme prévu.
33 000 au départ (!)
Point non négligeable : sans être parano, j’avais quand même en tête l’aspect de la sécurité sur ces Jeux. Et une nouvelle fois, tout s’est remarquablement bien passé pour sécuriser le public et les 33 000 participants des deux épreuves : 16 000 pour le 10 km et 17 000 pour le marathon. 33 000 nous détaille ce soir Eurosport pendant cette cérémonie de clôture, alors que 40 048 étaient annoncés. C’est bien plus que les 10 % de DNS habituels. Les boules. Vraiment dommage que le COJO n’ait pas mis en œuvre un dispositif pour faire en sorte que ces places ne soient pas réattribuées.
Sécurité au top et c’est tant mieux parce qu’il y a eu un monde absolument fou tout au long du parcours, de part et d’autre des 42,195 km. Massée derrière les barrières, applaudissant les inconnus que nous étions pour eux, la foule a été particulièrement dense sur les premiers kilomètres. Je me suis retrouvé embarqué dans cette folle émotion collective, tapant dans les mains des enfants et des adultes, regrettant parfois, souvent, d’avoir choisi de me concentrer sur la course au lieu de filmer tout cela.
Objectif record cette année !
Car j’étais venu aussi pour faire une perf. J’ambitionnais de courir sous les 3h30 et de renouer ainsi avec mon record du Nice-Cannes 2015 (3h27’38). J’aurais voulu oublier que, depuis, j’ai pris neuf ans au compteur, que ma dernière expérience sur la distance, mal préparée en 2018 s’est soldée par un 3h54 en 2018 à Rotterdam, et que j’ai remis mon corps en route voici un an. Mais je savais que le dénivelé annoncé allait changer la donne. D’ailleurs sur ce point, c’est le flou artistique. J’ai lu 436 m de D+. Le site du MPT annonce pourtant 540 m. Et je ne vous parle pas de ma montre qui s’emballe à 618 m.
Bon, en tout état de cause, cela a bien piqué. Et comme je l’avais constaté sur la reconnaissance organisée par Orange, la première longue montée amenant à Versailles a été cruelle pour l’organisme. Après 15 km de plat (les passages sous les ponts cassent un peu le rythme quand même), l’enchaînement de côtes a épuisé mes réserves énergétiques. Dans la douceur de cette nuit d’été peu fraîche, les kilomètres ont plutôt bien défilé de mon côté. Je voulais grapiller quelques secondes à chaque kilomètre pour en laisser filer dans la longue première montée. Mission accomplie à ma montre. Sauf que…
La double lame
Sauf que même si j’ai suivi la ligne bleue, le différentiel de distance entre le marquage officiel et ma montre s’est creusé. Au point que les 10 premiers kilomètres se sont faits à 12 km/h de moyenne au temps officiel. J’ai vite compris que le record ne tomberait pas forcément ce soir. J’ai un peu levé le pied à l’amorce du 14e kilo pour absorber au mieux le choc de la longue première côte. La moyenne est tombée à un peu moins de 11 km/h dans cette portion menant à la mi-course. Logique. J’ai bien repris du poil de la bête jusqu’à la Côte du Pavé des Gardes. Et là, et là, mes amis…
C’est un peu le double effet Kiss Cool. La double lame de Gilette. On se paie une première pente bien cassante. La descente vers le plus gros du dénivelé est bien courte pour retrouver force et cardio. Et là, face à nous, ce mur… Je l’avais bien passée lors de la reconnaissance en courant en non-stop, il y a trois semaines. Mais les conditions étaient différentes. Hier, je me suis retrouvé à mi-pente avec le sentiment de pédaler dans la semoule, que chaque foulée n’était plus efficace. Et je me suis résolu à faire comme la plupart de mes voisins : marcher le plus vite possible pour en finir avec ces quelques hectomètres infernaux.
Sans boisson isotonique, le début de la galère
J’aurais voulu aller plus vite dans la descente et sur les 9 kilomètres de plat restant au menu. Surtout que le cardio était bon. J’ai surtout manqué de réserves énergétiques. Après 2h30 de course et 30 bornes, ma poche de 2 Litres de boisson isotonique était vide. Un petit drame pour moi. Je me suis arrêté trois fois sur la fin du parcours pour boire plusieurs verres d’eau sur les ravitos. J’ai fini la course à bon rythme. Aucun craquage. Aucun mur énergétique comme je l’ai déjà vécu, à Rotterdam par exemple. Le cardio et l’allure ont été super bien géré et je n’ai pas fini dans un état d’essoufflement préoccupant. 3h43 et des poussières, au final. Dans la même minute que Martin Fourcade, j’ai vu ça ce matin : ça a de la gueule, non ?
Mais j’ai manqué d’électrolytes. Et ça, je l’ai payé une fois la ligne d’arrivée franchie devant des tribunes quasi vides que j’imaginais pleines tant la course au bracelet pour y accéder avait fait des déçus.
Manque de sodium, de calcium et de potassium. Un diagnostic qui m’a été confirmé ce matin par un médecin et que j’avais déjà en tête pour l’avoir connu, il y a quelques années, sur le 50 km du Trail des Pyramides Noires. Résultat : hydratation défaillante sur les 15 derniers km, grosse faiblesse à l’arrivée, incapacité à récupérer normalement. J’ai bu 4-5 verres. Sans efficacité. Je me suis allongé sur le côté pour que ça passe. Ca n’a rien fait. Je me suis relevé jusqu’à ce que je comprenne que c’était inutile.
Fourmillements dans les mains, tremblements et début de contraction musculaire. Je ne devais pas être beau à voir. Je veux dire, pire que d’habitude 🙂 Les secours sont arrivés. J’ai demandé du sel. On m’en a mis dans la bouche. J’ai demandé de l’eau pour que cela passe dans l’oesophage. Les pompiers m’ont gentiment apporté une bouteille de Saint-Yorre. Brancard. Conduite au poste de secours. Prise des constantes. Tout était bon. Quelques minutes plus tard, la boisson à bulles a fait son effet. Et j’ai retrouvé des couleurs et suffisamment de force quelques dizaines de minutes plus tard pour me rendre vers le ravito et la consigne. Clap de fin sur ce marathon exigent mais ô combien riche en enseignements.
Nice-Cannes en vue
Avant de retrouver les plaisirs du trail, je vais comme prévu tenter de battre mon record sur marathon sur le Nice-Cannes cet automne. Le parcours sera moins exigent qu’hier. Avec un peu de chance, il n’y aura pas de vent de face comme l’an passé. Sinon, cela ne sera pas bien grave. Bien sûr, je vais tout faire entre septembre et octobre pour optimiser la prépa concoctée par Lucie et arriver dans les meilleures conditions. Je sais que je peux taper mon RP. Comme le Phoenix (allusion facile à la cérémonie de clôture des Jeux, je l’accorde, et à un groupe que j’aime beaucoup). Mais la vraie raison de cette course automnale est que cela va me permettre de retrouver une partie de ma famille exilée dans le Sud, que j’aime tant et ne peux voir aussi souvent que je le voudrais. Et la famille — surtout dans les premiers cercles, je le sais et m’en excuse — peut pâtir des souffrances que l’on s’inflige à nous-même pour être, par le sport, une femme ou un homme meilleur(e).
Petite vidéo bonus : mon sac aux trésors.
Je vous laisse la découvrir :








